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Plateforme de ressources
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QUELQUES TEXTES EN RAPPORT AVEC LE CINÉMA
Organisés par ordre alphabétique des auteurs, ces textes sont de natures variées: pour flâner, penser la création, le cinéma, ou pour assister à des prises de position, des "coups de gueule", des témoignages.
Faites-nous parvenir des textes (infos@maison-du-film-court.org, lien en bas de page).
Si vous en êtes l'auteur, il faut mentionner dans le courriel que vous autorisez sa publication. Sinon, il faut mentionner l'auteur, la date, et la source.
Les textes seront retirés à la demande des auteurs ou ayants droits. |
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LE LAY, Patrick Pourquoi faire des films ?
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MEKAS, Jonas Manifeste contre le centenaire du cinéma
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DOJO CINÉMA Guerre au (cinéma) mondain
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MECKERT, Jean Qui c'est qui paye le ciné à sa petite femme ?
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DZIGA VERTOV Manifeste ciné-oeil
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PLATON Allégorie de la caverne
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BRESSON, Robert Notes sur le cinématographe
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DELEUZE, Gilles Qu'est-ce que l'acte de création ?
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MARKER, Chris Puis je réalisai ”La jetée”
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MARKER, Chris Note à l’attention des jeunes cinéastes
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GODARD, Jean-Luc Troisième voyage
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DOGME Manifeste, 1995
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GONIN, Roger Entretien avec le Directeur du Festival de Clermont Ferrand
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PINTER, Harold Art, vérité et politique
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EISENSTEIN, Serge Eisenstein parle
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DEBORD, Guy In girum imus nocte et consumimur igni
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VIGO, Jean Vers un cinéma social
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MARX, Groucho Chers Frères Warner
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FOURNIER, Benoist Commande
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RANCIÈRE, Jacques Le maître ignorant
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COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE Élections à la Commune
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MECKERT, Jean Qui c'est qui paye le ciné à sa petite femme ?
Extrait du livre "Les coups"
" - Qui c'est qui paye le ciné à sa petite femme? C'est son gros loulou! On se préparait. Un coup de peigne, pas besoin de chapeau. Le paquet de cigarettes pour la fumée personnelle, aussi. On y allait prendre notre ration d'images, comme tout le monde, autour de la sonnette qui tremblotait au coin de la rue, dans les illuminations et les affiches en couleurs. Oubli ou culture? Remplissage ou vidage de méninges? On ne savait pas trop. Le mieux était de ne pas se poser de questions, c'était très mauvais pour nous, les questions. On allait au cinéma s'abrutir, comme dit l'autre, et on aimait bien ça. S'abrutir, se faire malaxer des grands coups, tout ce qu'on veut. Ca donnait toujours une raison à la vie, et merde! - Deux à quatre francs! On entrait avec déjà des habitudes, nos places à nous, vieux de fin de journée. Il y avait beaucoup de couples et mêmes des moutards aussi qu'il fallait bien caser quelque part. on avait bien toujours un petit quelqu'un à qui faire un signe et puis on attendait. - T'es bien, mon chou? Tu vas bien voir? Le gros type, là, il ne va pas te gêner? Le patron nous passait des disques au pick-up. Il soignait sa clientèle, le petit patron à moustache de traître qui venait fouiner des fois du côté du contrôle, et cubait sa salle au coup d'oeil, comme un grand capitaine de vaisseau, les mains derrière le dos. Consortium ou pas, gérant ou propriétaire, il avait aussi du goût pour choisir ses ouvreuses, des gentilles mômes avec des gentils derrières et des poitrines à hauteur convenable. Chacun fumait pour soi, pour ne pas sentir la fumée des autres. C'était la chasse aux volutes, chaque nouvelle fois était un record d'épaisseur batu, qu'il fallait même attendre un peu pendant les actualités pour voir quand même quelque chose. Il aurait suffi de ne pas fumer, bien sûr, ça manquait d'une grande gueule pas fumeuse dans ce ciné pour prendre la superbe décision. On était assis confortablement dans les petits fauteuils rouges. Ce qui gênait c'était plutôt la chaleur, l'obscure et forte, l'exténuante, qui foutait la sueur au front et aux fesses. Tous en choeur au petit ciné, on macérait, on se dégraissait sur la chemise, dans des rivières de dessous de bras. Sueur, fumée, mélange scientifique, indélébile, l'absolu du parfum, le plus robuste, le repousse-mites, on communiait là-dedans, frères baptistes de passage. Avec Paulette, on repérait les autres. La vie c'était toujours un peu pour nous deux les parfaits, la grande foire. Au rang devant un couple qui ne passait pas la trentaine chacun, ils se faisaient une gueule du diable, la rageuse et la lourde, avec la bagarre au petit nid douillet dans la ligne. Lui, il était pâle, tout crispé et mauvais, il faisait des gestes avec sa main... "Je vais te la foutre sur la gueule!" qu'il disait discrètement, à voix basse. et elle, elle continuait à lui baver de la dynamite sous le nez, blanche aussi, haineuse, mais si secrète qu'on n'entendait rien, nous derrière. Puis ils secouaient tous les deux la tête... "Dégoûtant!... Salope!... " qu'on entendait. Puis ils se tournaient le dos, tordus, butés, tous les deux, avec un sourire poli pour le restant de la salle... Les malades, les exténués de la vie... D'autres au contraire, dans l'étuve qui mettait les nerfs en pelote, c'était l'engueulade franco, sonore et gesticulante. - Mossieur! - Madame! - Vendu! - Punaise! Tout le vocabulaire granulé, dans le petit cinéma. Le flic jeunot s'amenait doucement, il remettait les choses au point: - Allez, on va s'expliquer dehors! C'était le grand calmant. Personne ne voulait sortir. On transigeait sur les strapontins. Il y avait aussi les conciliabules et les amoureux, les petits gars en casquette qui écartaient les bras du corps pour jouer les malabars, et les familles entières, et les belles-mères congestionnées, et la politique enfin, tous communistes dans le petit ciné. Des fortes gueules, hommes et femmes, il y en avait dans le petit cinéma, c'était réconfortant bien sûr, mais il n'ya avait qu'à faire brusquement la lumière pour que tout le monde la boucle en moins de deux. On en apprenait des choses dans ce petit cinéma. Fox Movietone entamait, poussé à bloc. Immédiatement la salle faisait le plein de musique électrique, on descendait le noir, c'était la ration qui commençait. M.Rasta, ministre plénipotentiaire, en visite à l'Élysée... gibus, soldats, chamarrures, revues, discours... Même répétition, semaine après semaine, on ne s'en lassait pas, c'était le hors-d'oeuvre. Tout de suite, on était plongé en plein mensonge, à sept pouces de l'art pur, en pleine combine officielle ou commerciale... Inauguration, laïus, défilé... Musique triste, Chopin ou l'Héroïque pour un enterrement de première... Couac de trompette bouchée, c'est une bagarre de chimpanzés, une moto sur un fil de fer, tout pour le bon public, en série, l'émotion mondiale pour un cassage de gueule, la vaste rigolade débitée au mètre... On avait quand même au cinéma comme du temps à se réserver pour les images. Plus rapide qu'un tour d'horizon, on faisait le tour de soi. C'était le défonçage hebdomadaire, on demandait encore un coup du tracteur énorme. On se laissait relabourer et piquer à nouveau comme un sol sablonneux et inutile, on attendait la divine averse du ciel dans notre Sahara. Moi, plus Paulette, plus lui, plus l'autre, plus elle, plus le rang de devant, et la salle entière, et toutes les salles de Paris et du monde entier, l'humanité se perdait alors dans des replis si lointains qu'on ne pouvait plus penser à sa destinée colossale, on restait en route, on venait plutôt au ciné comme on va au moulin, faire écraser sa semaine, avec chacun sa propre farine à la sortie. Paulette aimait bien ça, le ciné. Elle en avait de longues habitudes derrière elle et tout un parallèle de brochures et d'articles, c'était la vraie petite bonne femme, solidement normale jusque dans le sentiment. Jeune fille seule, elle aurait peut-être bien collectionné les photos retouchées des grands costauds d'Hollywood... Amour, beauté, idéal... Elle avait bien la morale des petits courriers féminins, tout ce trouble vaseux qui sent la purulence des changements de saisons. Jamais on ne l'aurait plus vexée qu'en lui disant qu'elle avait les idées toutes faites. Quand elle me refilait ligne pour ligne le feuilleton des hebdos pour me faire sentir sans bafouillis son opinion profonde sur tel film, elle m'impressionnait des fois, je me sentais légèrement inférieur, je lui foutais une petite claque sur les fesses, à tout hasard, j'étais pas à l'aise du tout."
Jean Meckert, dans Les coups. Éditions Gallimard, 1942. Folio n°3668
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