06.09.2010
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  QUELQUES TEXTES EN RAPPORT AVEC LE CINÉMA

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pour flâner, penser la création, le cinéma, ou pour assister à des prises de position, des "coups de gueule", des témoignages.

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  LE LAY, Patrick Pourquoi faire des films ?
  MEKAS, Jonas Manifeste contre le centenaire du cinéma
  DOJO CINÉMA Guerre au (cinéma) mondain
  MECKERT, Jean Qui c'est qui paye le ciné à sa petite femme ?
  DZIGA VERTOV Manifeste ciné-oeil
  PLATON Allégorie de la caverne
  BRESSON, Robert Notes sur le cinématographe
  DELEUZE, Gilles Qu'est-ce que l'acte de création ?
  MARKER, Chris Puis je réalisai ”La jetée”
  MARKER, Chris Note à l’attention des jeunes cinéastes
  GODARD, Jean-Luc Troisième voyage
  DOGME Manifeste, 1995
  GONIN, Roger Entretien avec le Directeur du Festival de Clermont Ferrand
  PINTER, Harold Art, vérité et politique
  EISENSTEIN, Serge Eisenstein parle
  DEBORD, Guy In girum imus nocte et consumimur igni
  VIGO, Jean Vers un cinéma social
  MARX, Groucho Chers Frères Warner
  FOURNIER, Benoist Commande
  RANCIÈRE, Jacques Le maître ignorant
  COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE Élections à la Commune

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  GONIN, Roger Entretien avec le Directeur du Festival de Clermont Ferrand
Mené par Sylvain CHARBONNEAU, février 2006

Sylvain Charbonneau: Nous sommes donc à Clermont-Ferrand pour la 28ème édition Du Festival du Court-métrage 2006 avec Roger Gonin, directeur du Festival.
Alors je voulais pour commencer que tu nous parles de l'origine et des débuts du Festival qui est le 1er mondial dans le domaine du Court Métrage.

Roger Gonin: En fait, tout a débuté en 1979, dans un Ciné Club dans l'amphi Gergovia (où il y a encore des projections d'ailleurs). C'était un très gros ciné-club, et il y avait 2 séances par semaine et à l'époque on organisait des semaines du style: jeune cinéma allemand, films d'animation ... Puis j'ai 2 collègues qui se sont rendus à Trouville où il y avait un tout petit Festival qui a duré 2 ans. Ils y ont découvert de nombreux Courts Métrages français et de là est née l'envie de faire une semaine de court métrage français. C'était le point de départ, il y a eu pendant les 3 premières années des «semaines du court métrage» qui s'est transformé par la suite en Festival. Nous avons d'ailleurs parlé de l'anecdote avec les organisateurs d'Off-courts qui n'avaient rien à voir avec le Festival des années 1978, mais qui organisent eux aussi un Festival à Trouville et qui ont eux, découvert le Court-Métrage à Clermont. À l'époque nous étions donc tous étudiants. Les réalisateurs étaient invités à dormir chez nous et c'est vrai qu'il y avait une bonne ambiance. Puis ensuite, on a demandé une aide à la ville, on est sorti de l'université pour organiser le festival dans un cinéma de Clermont et ça c'est développé d'année en années.

Et en 1988, on a démarré la compétition internationale. Parce que jusqu'à là, il n' y avait qu'une compétition nationale et des programmes parallèles qui présentaient des films internationaux.
Et puis il y a eu l'arrêt du Festival international Lille, fréquenté que par des professionnels.
Le CNC nous a demandé de reprendre le flambeau, car Clermont avait fait ses preuves en organisant un festival national qui commençait à avoir beaucoup de succès. Notre association Sauve Qui Peut le Court Métrage et l'Agence du Court Métrage se sont réuni pour organiser cette nouvelle compétition internationale à Clermont-Fd. Puis l'association SQP a montré qu'elle pouvait gérer l'ensemble de la manifestation clermontoise.
Puis en 2002 on s'ouvre au numérique et à la vidéo. On a appelé cette nouvelle section «Digital» et c'est devenu la section «labo» et toutes les sections ont été ouvertes aussi bien à la vidéo qu'au film.

S.C: Jusqu'alors tous les films étaient donc sous le format pellicule (16 ou 35 mm) et depuis peu ouverture du numérique.
Et pour la promotion et l'essor qu'a pu prendre le festival comment ça c'est passé?
Suite à la demande du CNC et l'aide des régions reçues, est-ce eux qui ont géré le côté promotionnel, paperasse, site Internet…pour que la notoriété se propage sur la France puis l'étranger?

RG: Et bien non pas tout a fait…Si on repart en 1988, à travers notre manifestation, il y a eu tout un mouvement qui s'est créé, toute une génération qui a commencé à constater que ça bougeait dans le secteur du Court Métrage, que de vraies choses se créaient et que c'était bien.
Il y a donc eu la création de l 'Agence, car de plus en plus de gens avaient besoin d'avoir des copies, donc plutôt que d'appeler le producteur par ci, le producteur par là, on s'est vite rendu compte qu'il fallait un endroit pour centraliser tout ça., gérer les copies, etc…
Ça c'est structuré en France, très rapidement. Il y avait beaucoup de volonté mais on n'était pas les seuls. Puis le mouvement s'est poursuivi un peu partout. Et maintenant c'est dans le monde entier.
Je trouve ça important le réseau des Festivals et manifestations, c'est le 1er marché pour le Court Métrage c'est avant tout ça et c'est pour ça que nous nous sommes toujours battus. On sait que c'est là aussi, que les gens peuvent montrer leur film, donc on s'est toujours battu contre l'exclusivité.

Car demander l'exclusivité sous-entend que les réalisateurs doivent choisir de présenter leurs films ici, sans pouvoir le présenter ailleurs.

S.C: Alors c'est là que j'ai une question, officiellement vous êtes contre l'exclusivité, mais est-ce que les pré-sélectionneurs, ne préfèrent pas un film qui n'a pas encore été présenté ailleurs?

R.G: en effet, si on voit que le réalisateur a attendu un an, pour le présenter à Clermont, évidemment ça va jouer. Mais de toute façon, si le film est bon, il n'y a pas de problème. Alors je ne vais pas mentir, on n'a pas envie non plus d'être les derniers à montrer le film. Mais bon il y a plein de films qui sont passés au Festival de Cannes, Venise ou ailleurs et qui sont là quand même. Nous on ne cherche pas à être au-dessus de tout le monde. On s'est toujours battu contre ça. Notamment contre les règles de la FIAPF (FEDERATION INTERNATIONALE DES ASSOCIATIONS DE PRODUCTEURS DE FILMS) et les pourcentages de films en première exclusivité pour être classé Festival de catégorie A. Nous on trouvait ce genre de règlement imposé par la FIAPF un peu bizarre et absolument pas adapté au secteur du Court Métrage. Et finalement il n'y a que dernièrement qu'ils ont renoncé à cette règle pour les courts métrages.

S.C: Donc pour expliquer un peu plus clairement à nos lecteurs, au Festival de Clermont sont présents les films en compétition officielle, et tous les autres films non sélectionnés mais qui peuvent être présentés sur le Marché du Film, c'est bien ça?

R.G: Oui. En compétition nationale cette année il y a 77 films, 70 en compétition
internationale, et 50 environ pour la sélection «Labo», puis viennent s'ajouter les films pour la sélection des régions et tout les autres programmes. Au total c'est 456 films présentés dans l'ensemble du Festival.
Tous les films inscrits peuvent être présentés au marché du film,, qui s'est mis en place la 7ème année ( il y a donc 21 ans). Ce qui permet aux réalisateurs de films pas forcément sélectionnés, d'être présents et de rencontrer les festivaliers, producteurs, acheteurs ou diffuseurs, et que leurs films soient vus. Tout simplement parce qu'on sait bien qu'une sélection ça reste assez aléatoire, …donc ça ne veut pas forcément dire grand chose.

On sait bien que les films qui plaisent en France peuvent ne pas du tout plaire à l'étranger et vice et versa…c'est d'ailleurs souvent le cas, des films qui n'ont aucun succès en France, peuvent très bien marcher à l'étranger.
Donc tu vois, tu ne peux pas vraiment classer, tu peux pas savoir, il faut donc donner cette chance. C'est un truc, tu peux pas dire tient, ça, ça va avoir du succès au Japon, ça en Amérique Latine, enfin si tu sais ça, t'es bon hein…je ne sais pas sur quelle base ça marche, mais par exemple des films qui nous font pleurer ici, quand ils ont été présentés à Hambourg, ils étaient tordus de rire. Tous les films un peu sentimentaux chez nous, là bas, tout le monde rigolait pensant que c'était du 2nd degré.

S.C: Ca veut dire qu'il y a combien de films sur le Marché, environ 4000?

R.G: Oui, à peu près. Cette année, il y en a 4800. Mais tous n'ont pas voulu s'inscrire au Marché, pour X raisons. Il y a 4300 films représentés, et 3800 qui ont été numérisés. Etant donné qu'on demandait une seconde copie ou un DVD supplémentaire pour la numérisation, tout le monde n'a pas forcément suivi.
Comme je le disais tout à l'heure même si les films ne sont pas en compétition, ils peuvent quand même être vus dans les cabines de visionnages destinées aux Pros (acheteurs TV, diffuseurs, …). Ca marche bien, le service est ouvert de 9h00 du matin à 21h00, et si on ne réserve pas la veille son créneau horaire, il n'y a pas de cabines disponibles le jour même. A savoir qu'il y a 35 cabines. Enfin un peu plus car certains ont pris une borne sur leur stand afin d'y présenter leurs propres films (comme par exemple la Hollande, Orange et Premium, les pays nordiques…), ils ont également un accès sur leurs bornes à tous les films du Marché.

S.C: Pour revenir donc à ce que tu disais tout à l'heure concernant la sélection, j'ai remarqué que la sélection officielle était souvent très différente dans le style, les formats, que ce qui pouvait être diffusé à la télévision. On a l'impression que la sélection ici, privilégie le cinéma d'auteur et beaucoup moins les comédies, alors que les programmes courts diffusés en TV, privilégient au contraire, davantage les comédies.

R.G: Moi, je trouve que la comédie c'est un genre très difficile, ce n'est pas si évident de savoir faire rire. C'est ce qu'il y a de plus difficile. Dans le comité de sélection, un compromis est plus dur à trouver. Le film doit vraiment être excellent pour arriver à faire la majorité.
Quand il s'agit d'un film plus intimiste ou dramatique, le compromis est rapide. L'humour ne fonctionne pas de la même manière sur tout le monde.
Et ce qui est dommages en plus, c'est qu'on ne reçoit pas les films tout au long de l'année, …pourtant on ne demande que ça. C'est toujours à la dernière minute qu'on reçoit tous les films, les 2 derniers mois. Ce qui rend la sélection encore plus aléatoire car on doit tout voir très vite. Résultat on se partage le tout à 10, et c'est près de 1000 films que chacun d'entre nous visionne, en 3 ou 4 semaines. En sachant que toute la journée ce sont les tâches administratives, la paperasse, les inscriptions, les plaquettes, catalogues… donc des journées harassantes alors forcément le soir, devoir enchaîner avec plusieurs heures de visionnage…il faut trouver la force de rire et s'amuser.

Ensuite chacun présente sa présélection aux autres et si la majorité est pour, le film est alors sélectionné. On est par exemple 3 à voir les films des Etats-Unis, 2 sur l'Allemagne, etc. Donc il y a des groupes de sélection.

S.C: et en ce qui concerne les acheteurs, diffuseurs et autres professionnels, c'est vous qui les avez appelés ou ils sont venu eux-mêmes?

R.G: On les invite, on paye pour les acheteurs importants l'hôtel. Sur le site Internet, on peut connaître le profil des acheteurs c'est à dire le genre de choses qu'ils recherchent, combien de films sont achetés par an, quel territoire de diffusion…. Cette année nous avons mis l'accent sur la téléphonie mobile, pour savoir comment ça se passe, ce qu'ils recherchent…mais le fonds du commerce et ce qui intéresse le plus les producteurs c'est bien sûr la télé et l'émergence de la TV thématique.

S.C: Mais justement cette émergence télévisuelle à thématiques de ces 10 dernières années, fait-elle vraiment booster le court métrage? est-ce que ça ne restreint pas qu'à certaines chaînes?

R.G: Tu sais, je pense que c'est en Europe qu'on a le plus de chance pour la diffusion des Courts Métrages et on le voit bien en France. Chaque chaîne maintenant TF1 et M6 mis à part, à ses propres programmes de Courts. Aux Etats Unis, avec des chaînes comme Sundance Channel par exemple c'est à peine 80 Courts Métrages vendus chaque année.
Ici, il y a quand même tous les acheteurs des TV publiques et ils prennent pas mal de films même si ce n'est pas très cher payé.
Aux USA, c'est par Internet que le Court Métrage a été un peu suivi, les gens cherchaient du contenu et pour les réalisateurs c'était le seul moyen pour que le film soit un peu vu. Les 1ères années où les réalisateurs américains voyaient tout ce public et la mobilisation autour du Court Métrage, et ils étaient un peu «sur le cul» pardonnez l'expression. C'est vrai que chez eux, même à Palmspring, un des Festivals les plus important, y'a pas autant de public et ça n'a rien à voir. La situation est très difficile. Nous en Europe, je crois qu'on ne se rend pas compte de la chance que l'on a. Les pays où ça fonctionne bien pour le Court c'est parce qu'il y a des organismes, un financement public, pour parvenir à maintenir une situation viable. Prenons la Corée comme exemple, la KOFIC, leur centre du cinéma à l'image du CNC a toujours soutenu le Court Métrage. Chaque année, la KOFIC prend un stand au marché pour mettre en avant 3 ou 4 petits distributeurs, qui viennent présenter leurs films. Et ça marche assez bien pour eux. Et ces efforts sont payants, ça c'est vite retrouver dans le long métrage coréens qui se diffuse bien internationalement.

Ce qui veut dire qu'il faut une réelle politique pour défendre tout ça. Et nous en Europe, même si les choses se gâtent il y a une prise en compte de ce secteur. Sauf en Italie par exemple, Berlusconi a tout laissé tomber, il n'y a plus rien. Les gens se regroupent comme ils peuvent pour essayer de faire quelque chose mais non sans peine. A contrario, l'Espagne, a énormément évolué et il y a un réel intérêt pour le court, ils ont pris exemple sur la politique des régions françaises pour le financement et l'aide aux courts métrages. Donc ce sont des politiques volontaristes qui créent cette industrie et lui insufflent son renouvellement. Car l'industrie cinématographique est la seule industrie qui ne paye pas pour le développement et le renouvellement. Hollywood en est le plus bel exemple. Hollywood attire de nombreux talents sans avoir besoin de financer quoi que ce soit. Alors pourquoi changer les choses…
C'est vrai qu'en Europe, on a du mal à se fédérer, à avoir un vrai organisme européen qui favorise à la fois la production de grosses machines et permette la diversité. Car dans le Court-Métrage comme dans tout, c'est la diversité le plus important, des genres, des formats différents…

Parfois on nous dit à Clermont, «oui, y'a pas de politique éditoriale ou des trucs comme ça…» mais nous c'est carrément notre but, il faut qu'il y ait des films les plus divers possible et j'espère malgré les compromis pas forcément évidents qu'on arrive à représenter cette diversité à travers nos sélections. Et puis il y a des films d'1 mn d'autres de 60, c'est assez incroyable cette diversité de durée. Ce qui n'arrange pas les télés qui cherchent toujours à tout ranger dans des cases. Mais bon, il ne faut pas se décourager, garder cette énergie, cette diversité, qui apporte des choses au vivant, et le vivant, c'est toujours délicat à manier car ça dépasse le rationnel. Et au niveau des scénarios, c'est pareil.

Les statistiques que j'édite chaque année montre bien que la durée moyenne des courts est stable et reste à 15'. Cela va contre certaines idées reçues qui fait dire que les courts sont de plus en plus longs. Il suffit qu'une année, dans une sélection française par exemple, les films soient plus longs et qu'il y en ait un qui gagne des prix comme «Versailles Rive Gauche» alors là ça y'est tout le monde s'empresse de dire «oui, mais maintenant c'est le moyen métrage qui marche, le court c'est mort, c'est plus bon…» tu vois le genre. Mais la réalité des choses, elle est bien différente. Il faut arriver à voir la masse. C'est cette liberté et cette «masse» de production qui est importante. C'est aussi cette masse d'évènements petits et grands qui forment un TOUT, et c'est important, c'est ce qui fait notre force.

Dans de nombreux pays, le renouvellement de la cinématographie passe par le Court-Métrage. Et plus du tout par le long métrage qui n'arrive pas à trouver une production et encore moins une distribution. Les gens ont besoin de se voir, de se reconnaître et d'avoir leur propre image sur les écrans, dans quelque chose de simple et populaire qui reste à leur portée, et ça, le Court-Métrage peut l'offrir. Et c'est ce qui me fait le plus plaisir, que les gens se réapproprient le cinéma par le biais du Court-Métrage.
Parce que comme le cinéma américain indépendant, a très rapidement perdu son indépendance, forcément, il est vite bouffé par le système. Nous aussi en France, on a beaucoup de mal à faire des films à petits budgets. Pourtant on a besoin de cette diversité dans toute sa dimension. On a besoin à la fois de films à gros budget, avec des très grosses productions, mais on a aussi besoin de petits films. Il faut cette palette, d' «Un dimanche de fiançailles» et des toutes petites productions comme «Rois et reines» d'Arnaud Desplechin.

Mais à cela vient maintenant s'ajouter un autre problème, c'est la diffusion et surtout dans le long métrage où c'est encore plus dur. Le film «Quand le mer monte» de Yolande Moreau et Gilles Porte. Il est passé à Cannes en catimini, et s'il n'avait pas eu le César, il serait passé inaperçu. Le César a permis de multiplier les copies.

S.C: Oui mais alors là il y a une contradiction car il y a des films qui arrivent à se faire avec les budgets suffisants vu qu'il y a de plus en plus de films qui se font chaque année (je parle de longs métrages là).

R.G : C'est là qu'intervient la nécessité des règles, des organismes qui a un moment donné instaurent un système de quotas. Un film ne doit pas dépasser un certain nombre de copies, pour laisser de la place, aux autres, laisser des écrans libres. Il faut donc des organismes de régulation. Dire bon, le marché c'est bien mais là, faut réguler.
Il faut donc trouver des règles et puis les changer parce que tout change. Il y a de nouveaux moyens qui se mettent en place, comme Internet et qui bouleversent tout. Les films sont diffusés sur le net, pour leur promotion ou autre mais alors à quoi bon que les TV les achètent, si on peut les voir ailleurs. La télé, a beaucoup changé aussi. Maintenant il y a plein d'émissions dans lesquelles on cherche à faire du pognon plutôt que de diffuser des programmes sensés. Bonjour ce qu'on propose aux mômes. Oui tout change, t'es obligé de modifier les règles. C'est donc dans des pays où il y a des syndicats, organismes, des gens qui se battent qui permettent aussi cette évolution. J'crois qu'on a besoin de tout le monde pour l'avenir du Court-Métrage.

S.C: Et quelle est la position de Clermont par rapport aux nouvelles lois concernant le Court qui sous entend qu'il faut maintenant rémunérer toutes les personnes qui participent à un film. Ce qui forcément va cruellement diminué la production. Est-ce un moyen trouvé pour freiner et contrôler le secteur du Court-Métrage en perpétuelle croissance? Beaucoup de films seront clandestins, mais mieux vaut clandestin que pas de film du tout, non?
Clermont s'engagera t-il à diffuser même les films clandestins, sans accord du CNC ou autre?

R.G: Mais on l'a toujours fait.
Nous, regardes, on reçoit déjà chaque année 1000 à 1500 inscriptions françaises , on demande le n°de visa, on voit bien qu'il n'y en a que 350 chaque année qui l'ont, donc quelque part on s'en fout. Les films qui tournent dans les festivals n'ont pas forcément de N°de visa. Donc on adopte plutôt une politique d'ouverture.
Bien qu'il faut aussi une professionnalisation du secteur, ce que l'on a développé avec le Marché du Film. C'est très bien qu'il y ait des boîtes de prods qui aient de l'argent sur une politique de production. Et en parallèle il faut également veiller à ce que les tous petits puissent arriver à grandir. Là il faudrait peut être prendre exemple sur les Etats Unis, là bas il y a des syndicats, des règles très claires tu peux pas faire n'importe quoi. Tu es obligé de payer chaque personne engagée, même sur les petites productions. Alors ce qui n'empêche pas que le syndicat ferme les yeux sur certaines petites productions en disant «bon, d'accord, tu prends un seul type syndiqué et on ferme les yeux…». sinon ça ne peut pas vivre. Là aussi oui, il faut des règles, on peut pas aller contre l'idée de payer les gens, évidemment. Mais il faut avoir les règles qui correspondent au type de production. Je crois qu'il faut parvenir à avoir des paliers, tout en restant dans un système et un cadre légal, pour que les choses puissent se faire. Ce serait stupide d'avoir des règles contraignantes au point de tout bloquer. Ca serait dans l'intérêt de personne.
Le cinéma américain indépendant, maintenant, il se fait grâce à l'Europe. Grâce à la télévision française notamment. Mais le cinéma indépendant aux Etats-Unis, est complètement englobé par le Cinéma des gros Studios. A l'époque, pourtant, Coppola et beaucoup d'autres ont jeté un pavé dans la mare, ils faisaient des films indépendants qui n'avaient rien à voir avec la grosse machinerie que ces même réalisateurs utilisent aujourd'hui.
Mais il faut toujours de nouvelles énergies.

S.C: N'as tu pas l'impression justement qu'en France, il y a ce désir d'appartenir au cinéma dit «nouvelle vague» un peu intello, comme une référence? N'est ce pas un peu dépassé de se prétendre du cinéma intellectuel français, sans pour autant lancer de réel pavé dans quelconque mare, comme le faisaient en revanche nos anciens, la nouvelle vague de l'époque, ou la nouvelle vague américaine?

R.G: La Nouvelle vague c'est une nouvelle génération qui arrivait et voulait faire des films autrement. Avec le Court-Métrage ça ce un peu passe un peu comme ça, il y a pleins de jeunes qu'ils passent par des Ecoles de Cinéma ou non, qui ont envie de faire des films et de s'approprier les outils.

S.C: Donc aujourd'hui tu dis qu'il y a toujours la même envie, le même engouement qu'à l'époque dans les mouvements divers que nous citions tout à l'heure. A voir le nombre de films que tu reçois pour le Festival de Clermont, il y a toujours cette envie de tourner.

R.G: Regardes les Philippines, la Thaïlande, il y a ce mouvement par tout, création constante recherche…

S.C: oui, mais je veux dire en France.

R.G: Non, moi je trouve qu'en France, ça continue à bouger aussi. Regardes on se plaint un peu mais on est assez riches dans le fond comparé à d'autres. Tu as vu le nombre de films en 35mm qu'on voit ici à Clermont cette année. Ok, il y en a plein qui ont été tourné en 16 mm ou en numérique puis gonflés en 35, mais quand tu connais les tarifs du gonflage…
Donc oui la situation est difficile mais on continue à y croire quand même, et on est dans une période de restructuration. Mais l'air de rien il y a du monde derrière et beaucoup de choses qui se passent. Il ne faut pas baisser les bras, on est pas si malheureux, bien au contraire. Prenons l'exemple du Royaume-Uni, ils ont un système très différent du notre, mais ont aussi des structures qui permettent que des films se fassent. L'Espagne aussi revient, l'Allemagne est de plus en plus en mouvement, donc quand même en Europe, on a une chance formidable.

On a un terreau énorme, mais le problème c'est qu'on ne sait pas passer à l'étape supérieure. Il y a des distributeurs américains cependant, qui veillent au grain et qui n'ont pas envie de laisser tant d'opportunités. Notamment concernant le système de la Taxe spéciale ajoutée (TSA), lancé par le CNC. Les américains sont contre cette propagation dans tous les pays d'Europe. Il faudrait qu 'il y ait une taxe européenne sur le cinéma, et pour aider les structures européennes. Il faut aussi des gens du milieu et du métier. Parvenir à faire des choses souples, diverses, ce n'est pas facile bien sûr…mais ça se fera. Il faut des volontés politiques pour arriver à y croire. On a la dimension pour ça.

S.C: Mais j'ai l'impression que malgré le terreau et les talents qu'on a un peu partout dans notre pays, on a tendance à se reposer sur nos lauriers, et nos grandes gloires du passé

R.G: Oui, bien sûr, mais ce n'est pas que dans le Cinéma, c'est dans tout comme ça, c'est aussi une mentalité qui va avec. Du fait qu'on est français, c'est comme si on avait la culture innée. Et bien non…on a un passé, il faut s'en nourrir, mais ça ne se fait pas tout seul. Ce n'est pas une injection qu'on nous fait à la naissance non plus. Il faut qu'on soit dans cet état de lutte. Et toi tu es bien placé pour le savoir. Tu bosses, t'en veux, tu défends tes projets. Tu en est la meilleure preuve qu'il faut se battre comme le fait toute une génération d'acteurs, réalisateurs…

Même si les gens ne sont pas en compétition officielle à Clermont, ils sont là, sur le marché du film, et peuvent avoir de grosses ouvertures. Il y a tant de gens qui n'ont jamais été sélectionnés ici et un jour pam…le pactole et ils ont carrément le grand prix. Les sélections c'est de la connerie. Bon il faut des compétitions parce que c'est comme ça que les gens se motivent. Le plus désolant sur le Festival de Clermont tu sais, c'est finalement la soirée de clôture parce que tout le monde est là, à vouloir gagner sa médaille. Donc il y a des déçus, des frustrations…mais le plus important c'est ce qu'il s'est passé pendant la semaine, les rencontres,….
Et en même temps il n'y aurait pas tout ça si il n'y avait pas de compétition parce que l'humain est peut être un peu «con» parfois.

S.C: donc juste pour revenir sur le Festival, c'est ouvert à tous. Les acheteurs TV et réalisateurs (et acteurs parfois) des films sélectionnées sont invités…

R.G: Oui et cette année, on donne aussi une prime aux producteurs des films français sélectionnés, qui avant était donnée aux réalisateurs. De toute façon, le gros du budget sur le Festival, se sont les invitations, et les salaires. A savoir l'équipe et techniciens. Viennent s'ajouter 200 bénévoles.

S.C: A côté de ça, vous demandez une petite cotisation pour que les films soient sur le marché, c'est bien ça?

R.G: Non pas cette année. L'année dernière oui, on avait demander une participation assez anecdotique de 20E, histoire de pouvoir numériser les films. Mais c'était une catastrophe. Seulement 1500 films avaient été numérisés, contre 3800 cette année. Il y avait eu une grosse baisse, raison pour laquelle cette année on a rien demandé. On a essayé de trouver d'autres fonds. Pourtant 20E, ce n'est pas grand chose mais bon!
Tout film inscrit peut être présent au Marché du Film. C'est beaucoup des nouveaux venus dans le Court-Métrage et beaucoup ne comprennent pas l'importance du marché.
Il y a des outils ils faut s'en servir. De plus en plus de producteurs grâce au Marché comprennent l'importance de présenter au Marché une copie avec sous-titres anglais. Les 2 tiers des professionnels qui fréquentent le Marché, sont étrangers. Alors oui, l'anglais est dominant, et c'est comme ça. Tant mieux en même temps s'il y a une langue universelle, c'est de toute façon nécessaire pour que se soit accessible à tous. «On aurait préféré que ce soit le français mais bon on a raté le coup tant pis» (gag)

S.C: Alors il y a une chose qui fonctionne très bien sur le Festival c'est l 'organisation. C'est très bien organisé. Est-ce les années d'expérience?

R.G: C'est vrai qu'à force, on voit peu à peu les erreurs, les choses qui ne fonctionnent pas, on les évite et on tente d'aller au plus efficace. Par exemple, le système des boîtes aux lettres et des casiers. A chaque nouvelle arrivée au stand des accréditations, on lui attribut un numéro qui est inscrit au préalable dans le guide des professionnels dans lequel tout professionnel présent est répertorié ce qui permet à chacun d'avoir accès afin de déposer un DVD, un petit mot, un dossier, …
Dans ce guide sont à la fois référencés les acteurs, réalisateurs, producteurs, diffuseurs, acheteurs, organisateurs de Festivals, presse, techniciens…qui sont présents sur le Festival, et leurs dates de présence.

Ensuite, toujours à leur arrivée, une petite photo de chacun est prise afin d'être affichée sur le
tableau central de l'accueil professionnel du Festival. Ce qui permet donc d'associer un visage au nom, pour savoir qui est la personne si on veut la rencontrer. Avec aussi, le numéro de référence pour les dépôts éventuels dans les boîtes aux lettres. Ce qui favorise automatiquement les rencontres.

Le stand de presse où chacun à gratuitement accès au net, imprimantes, …
Il y a également le Pôle Média, qui se trouve sur le Marché. Il suffit de s'y présenter pour demander une rencontre ou un RV avec tel ou tel professionnel, et l'équipe du Festival se charge de mettre en place et en contact les 2 parties.
Il y a également de nombreuses conférences sur le Court-Métrage, l'achat, la vente, les tarifs les lois ou «nouvelles» lois, les Festivals,…ouvertes à tous ceux qui sont accrédités.

Beaucoup de projets prennent naissance à Clermont. A travers toutes ces rencontres, les gens sympathisent, et décident de travailler ensemble. Tu t'excites autours d'un projet. C'est un creuset d'excitations un Festival. Combien de gens viennent ici en spectateurs et quelques années plus tard y présentent un film. C'est tout ça aussi une manifestation.

Si vous avez l'occasion, essayez de passer à L'Atelier, c'est à l'Ecole d'Architecture, et ça vaut le détour. Il y a l'école Louis Lumière et une école d' effets spéciaux de Montpellier qui tournent un film et c'est assez fascinant. C'est aussi destiné à tous les élèves des sections avec option cinéma. Ca leur permet de constater comment ça se passe sur le terrain. Ils se rendent compte que oui, c'est structuré et organisé, mais que c'est aussi à leur portée car se sont des gens justes un peu plus âgés qui sont là. aux manettes. Ce n'est donc pas inaccessible.

S.C: Rappelons l'adresse du site Internet du Festival: www.clermont-filmfest.com. Vous y retrouvez toutes les informations nécessaires sur le Festival, vous pouvez vous inscrire en ligne (l'inscription peut être effectuée tout au long de l'année)
Roger, il ne me reste plus qu'à te remercier au nom de Krizalid, de nous avoir donné 1h00 de ton temps, en ce 4ème jour du 28ème Festival de Clermont Ferrand. Et à l'année prochaine.

ROGER GONIN


 

 
 
 
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