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Plateforme de ressources
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QUELQUES TEXTES EN RAPPORT AVEC LE CINÉMA
Organisés par ordre alphabétique des auteurs, ces textes sont de natures variées: pour flâner, penser la création, le cinéma, ou pour assister à des prises de position, des "coups de gueule", des témoignages.
Faites-nous parvenir des textes (infos@maison-du-film-court.org, lien en bas de page).
Si vous en êtes l'auteur, il faut mentionner dans le courriel que vous autorisez sa publication. Sinon, il faut mentionner l'auteur, la date, et la source.
Les textes seront retirés à la demande des auteurs ou ayants droits. |
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LE LAY, Patrick Pourquoi faire des films ?
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MEKAS, Jonas Manifeste contre le centenaire du cinéma
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DOJO CINÉMA Guerre au (cinéma) mondain
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MECKERT, Jean Qui c'est qui paye le ciné à sa petite femme ?
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DZIGA VERTOV Manifeste ciné-oeil
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PLATON Allégorie de la caverne
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BRESSON, Robert Notes sur le cinématographe
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DELEUZE, Gilles Qu'est-ce que l'acte de création ?
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MARKER, Chris Puis je réalisai ”La jetée”
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MARKER, Chris Note à l’attention des jeunes cinéastes
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GODARD, Jean-Luc Troisième voyage
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DOGME Manifeste, 1995
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GONIN, Roger Entretien avec le Directeur du Festival de Clermont Ferrand
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PINTER, Harold Art, vérité et politique
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EISENSTEIN, Serge Eisenstein parle
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DEBORD, Guy In girum imus nocte et consumimur igni
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VIGO, Jean Vers un cinéma social
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MARX, Groucho Chers Frères Warner
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FOURNIER, Benoist Commande
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RANCIÈRE, Jacques Le maître ignorant
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COMITÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE Élections à la Commune
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DEBORD, Guy In girum imus nocte et consumimur igni
Simar Films 1978
Je ne ferai dans ce film aucune concession au public. Plusieurs excellentes raisons justifient, à mes yeux, une telle conduite; et je vais les dire.
Tout d'abord, il est assez notoire que je n'ai nulle part fait de concessions aux idées dominantes de mon époque, ni à aucun des pouvoirs existants. Par ailleurs, quelle que soit l'époque, rien d'important ne s'est communiqué en ménageant un public, fût-il composé des contemporains de Périclès; et, dans le miroir glacé de l'écran, les spectateurs ne voient présentement rien qui évoque les citoyens respectables d'une démocratie. Voilà bien l'essentiel: ce public si parfaitement privé de liberté, et qui a tout supporté, mérite moins que tout autre d'être ménagé. Les manipulateurs de la publicité, avec le cynisme traditionnel de ceux qui savent que les gens sont portés à justifier les affronts dont ils ne se vengent pas, lui annoncent aujourd'hui tranquillement que «quand on aime la vie, on va au cinéma». Mais cette vie et ce cinéma sont également peu de choses; et c'est par là qu'ils sont effectivement échangeables avec indifférence. Le public de cinéma, qui n'a jamais été très bourgeois et qui n'est presque plus populaire, est désormais presque entièrement recruté dans une seule couche sociale, du reste devenue large: celle des petits agents spécialisés dans les divers emplois de ces «services» dont le système productif actuel a si impérieusement besoin: gestion, contrôle, entretien, recherche, enseignement, propagande, amusement et pseudo-critique. C'est là suffisamment dire ce qu'ils sont. Il faut compter aussi, bien sûr, dans ce public qui va encore au cinéma, la même espèce quand, plus jeune, elle n'en est qu'au stade d'un apprentissage sommaire de ces diverses tâches d'encadrement. Au réalisme et aux accomplissements de ce fameux système, on peut déjà connaître les capacités personnelles des exécutants qu'il a formés. Et en effet ceux-ci se trompent sur tout, et ne peuvent que déraisonner sur des mensonges. Ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires, des ignorants mystifiés qui se croient instruits, et des morts qui croient voter. Comme le mode de production moderne les a durement traités! De progrès en promotion, ils ont perdu le peu qu'ils avaient, et gagné ce dont personne ne voulait. Ils collectionnent les misères et les humiliations de tous les systèmes d'exploitation du passé; ils n'en ignorent que la révolte. Ils ressemblent beaucoup aux esclaves, parce qu'ils sont parqués en masse, et à l'étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres; mal nourris d'une alimentation polluée et sans goût; mal soignés dans leurs maladies toujours renouvelées; continuellement et mesquinement surveillés; entretenus dans l'analphabétisme modernisé et les superstitions spectaculaires qui correspondent aux intérêts de leurs maîtres. Ils sont transplantés loin de leurs provinces ou de leurs quartiers, dans un paysage nouveau et hostile, suivant les convenances concentrationnaires de l'industrie présente. Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles. Ils meurent par séries sur les routes, à chaque épidémie de grippe, à chaque vague de chaleur, à chaque erreur de ceux qui falsifient leurs aliments, à chaque innovation technique profitable aux multiples entrepreneurs d'un décor dont ils essuient les plâtres. Leurs éprouvantes conditions d'existence entraînent leur dégénérescence physique, intellectuelle, mentale. On leur parle toujours comme à des enfants obéissants, à qui il suffit de dire: «il faut», et ils veulent bien le croire. Mais surtout on les traite comme des enfants stupides, devant qui bafouillent et délirent des dizaines de spécialisations paternalistes, improvisées de la veille, leur faisant admettre n'importe quoi en le leur disant n'importe comment; et aussi bien le contraire le lendemain.
Guy Debord In girum imus nocte et consumimur igni In Œuvres cinématographiques complètes, 1994 Éditions Gallimard Première édition: Éditions Champ Libre, Paris , 1978
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